Monastir, 1892 — 1966
Fraj Besbes
Pionnier du tissage tunisien
Fraj Besbes fut le premier Maître d’enseignement technique du tissage en Tunisie. Formé à Lyon, il consacra quarante années à la modernisation d’un art millénaire et à la formation des maîtres tisserands qui bâtiront l’industrie textile tunisienne.
Éditorial
Fraj Besbes, précurseur du
tissage moderne en Tunisie
Né à Monastir en 1892 et décédé en 1966, Fraj Besbes est une figure emblématique de l'artisanat tunisien. Spécialiste du tissage et précurseur des techniques de production textile, son œuvre a marqué un tournant dans la sauvegarde et la modernisation d'un savoir-faire ancestral. Ce site vous invite à découvrir le parcours exceptionnel de cet homme, son engagement et sa contribution à la préservation et à la richesse du patrimoine tunisien.
Un acteur omniprésent de l’évolution du tissage
Fraj Besbes n’était pas seulement un expert du tissage, mais aussi un témoin privilégié et un acteur central des transformations que connut le monde des tisserands tunisiens dans la première moitié du XXe siècle. Son parcours est intimement lié à l’évolution conjuguée, mais souvent conflictuelle, des techniques manuelles et mécaniques.
Cette période, ainsi que celles qui l’ont précédée, ont été riches en événements fondateurs dans la progression de sa réflexion:
- Introduction du tissage de la laine et du coton en Tunisie : Comment ces matières premières ont-elles façonné les traditions textiles locales ?
- Tissage artisanal à l’établissement du protectorat : Quel fut l’impact du contexte colonial sur les pratiques artisanales ?
- Modernisation du tissage par l’enseignement professionnel : rôle crucial de l’éducation dans la transmission et l’adaptation des savoir-faire ;
- Les Soyeux et la Mécanisation ; l’essor de la soie et l’arrivée des machines : une révolution pour le tissage tunisien ;
- Les textes réglementaires et la résolution des conflits : Comment les lois ont-elles encadré et parfois opposé les différentes approches de production ? ;
- L’Office des Arts Tunisiens et la promotion de la qualité : L’importance d’une institution dédiée à la valorisation de l’artisanat ;
- Le renforcement du système coopératif : comment les coopératives ont soutenu les artisans.
Les manuscrits de Fraj Besbes : source de transmission de connaissances
Fraj Besbes a laissé un précieux héritage : des manuscrits inédits, rédigés au long de sa carrière. Ces rapports, notes et études, qu’il n’a pu publier de son vivant, constituent une source d’information unique sur les techniques de tissage, l’histoire de l’artisanat tunisien et les réflexions d’un homme passionné. Ces documents témoignent de ses 25 années d’enseignement à l’école professionnelle Emile Loubet (1912-1937) et de ses 17 années d’expertise au service de l’Office des Arts Tunisiens (1938-1954).
Parmi les manuscrits les plus importants, on retrouve :
- Théorie du Tissage : Les fondements théoriques de cet art ancestral.
- Évolution du tissage du coton, de la laine et du tapis en Tunisie : Une analyse historique des transformations des techniques et des productions.
- Guide du Tisserand : Un manuel pratique pour les artisans.
- Tissage de la laine dans la région du Sahel : Une étude spécifique des pratiques locales.
- Tissus en coton exécutés dans la région du Sahel : Focus sur les productions cotonnières de cette région.
- Étude historique sur le tissage de la soie en Tunisie : L’histoire de la soierie tunisienne, de ses origines à son apogée.
- Cours de Tissage : Les leçons dispensées par Fraj Besbes à ses élèves de l’école professionnelle.
- Étude des principaux articles de soie tissés à Tunis : Un inventaire et une description des productions emblématiques.
- Les Soyeux et la Mécanisation — Tisserands et tissage de la soie à Tunis de 1883 à 1950 : L’impact de la mécanisation sur la filière soie.
- Tissage de la Soie en Tunisie, contribution à l’étude de l’artisanat tunisien : Une synthèse de ses recherches sur le tissage de la soie.
Conclusion
Fraj Besbes est un symbole de la richesse du patrimoine tunisien, à la fois défenseur des traditions artisanales et pionnier de la modernisation. Son œuvre, à travers ses écrits et son engagement, continue d’inspirer les artisans d’aujourd’hui et de témoigner de la vitalité de l’artisanat tunisien. Découvrir son histoire et ses écrits, c’est plonger au cœur d’un savoir-faire ancestral et rendre hommage à un homme qui a consacré sa vie à la sauvegarde d’un héritage précieux.
Biographie
Fraj Besbes (1892–1966) pionnier de l’enseignement technique et de la modernisation du tissage en Tunisie
I. Introduction
L'histoire de la modernisation du secteur textile en Tunisie ne saurait être pleinement comprise sans évoquer la figure de Fraj Besbes, acteur majeur de la transformation des pratiques artisanales traditionnelles vers des formes plus structurées, techniques et organisées de production. Né à la fin du XIXe siècle dans un contexte marqué par le Protectorat français et les mutations économiques qu'il induit, Fraj Besbes s'inscrit dans une génération charnière, à la croisée des traditions locales et des influences industrielles européennes.
A travers son parcours, à la fois pédagogique, technique et institutionnel, il incarne un projet de réforme fondé sur l'éducation professionnelle, la transmission des savoirs et l'adaptation progressive des métiers artisanaux aux exigences de la modernité. Premier maître d'enseignement technique tunisien, spécialisé dans le tissage, il a contribué de manière décisive à former plusieurs générations d'artisans et d'industriels, tout en jouant un rôle clé dans les politiques publiques de promotion de l'artisanat.
Ce texte propose de retracer son parcours, d'analyser son action et de situer son apport dans l'histoire plus large du tissage en Tunisie, en mettant en lumière les enjeux économiques, sociaux et politiques de cette transformation.
II. Parcours et formation : une trajectoire exceptionnelle
Fraj Besbes naît le 1er avril 1892 à Monastir, dans une Tunisie encore profondément ancrée dans des structures artisanales traditionnelles. Après des études à l'école franco-arabe de sa ville natale, il obtient son certificat d'études primaires en 1907. Cette première étape lui ouvre les portes de l'École professionnelle Émile-Loubet à Tunis, établissement emblématique de la politique éducative du Protectorat, visant à former une main-d'œuvre qualifiée.
Entre 1908 et 1910, il y suit une formation technologique générale, qui révèle rapidement ses aptitudes. Sélectionné pour ses capacités, il bénéficie d'une bourse lui permettant de poursuivre une spécialisation en tissage à l'École municipale de tissage de Lyon, l'un des centres les plus avancés en Europe dans ce domaine. Ce séjour (1910-1912) constitue un moment décisif dans sa formation, puisqu'il y acquiert non seulement des compétences techniques approfondies, mais aussi une vision moderne de l'organisation industrielle du travail textile.
À son retour en Tunisie en 1912, il est recruté comme moniteur de tissage à l'École Émile-Loubet, avant d'être titularisé comme maître d'enseignement technique. Il devient ainsi le premier Tunisien à occuper une telle fonction dans cet établissement, dominé jusque-là par des enseignants européens. Il y exercera jusqu'en 1938, consacrant plus de vingt-cinq années à la formation des jeunes générations.
III. Le contexte historique du tissage en Tunisie
1. Héritages anciens et stagnation technique
Le tissage en Tunisie s'inscrit dans une tradition plurimillénaire. Déjà pratiqué par les populations berbères, il est développé sous les Carthaginois puis les Romains. Toutefois, cette activité reste longtemps cantonnée à des formes artisanales peu évolutives.
Le travail de la laine, notamment, est historiquement associé aux femmes, tandis que les hommes qui s'y consacrent dans certaines régions sont souvent relégués à des positions sociales marginales. Cette dimension socioculturelle contribue à freiner l'évolution technique du secteur.
Quant au coton, son introduction est plus tardive. Il supplante progressivement le lin à partir du XVIIIe siècle, notamment sous l'influence des importations venues d'Inde, puis d'Europe. Malgré cela, la production locale demeure largement dépendante de matières premières importées et de techniques manuelles.
2. L’impact du Protectorat et de la concurrence européenne
A partir de l'instauration du Protectorat en 1881, le secteur du tissage est confronté à une concurrence accrue des produits européens, moins coûteux et produits à grande échelle. Les métiers traditionnels, souvent vétustes, ne permettent pas de rivaliser en termes de productivité.
Des observateurs contemporains soulignent cette situation paradoxale : une main-d'œuvre qualifiée, capable de produire des objets de qualité, mais pénalisée par des moyens techniques obsolètes. Cette contradiction devient un enjeu majeur pour les autorités coloniales, soucieuses de stabiliser l'économie locale.
IV. L’enseignement professionnel comme levier de modernisation
1. Une stratégie inspirée par Sébastien Charléty
La nomination de Sébastien Charléty à la tête de l’Instruction publique marque un tournant dans la politique éducative. Convaincu de la nécessité de moderniser les structures productives, il promeut le développement de l’enseignement technique comme outil de transformation économique.
C’est dans ce cadre que Fraj Besbes est envoyé à Lyon, avec une mission claire : acquérir les techniques modernes de tissage pour les transmettre ensuite en Tunisie.
2. L’atelier de tissage de l’École Émile-Loubet
A son retour, Fraj Besbes participe activement à la mise en place de l’atelier de tissage de l’École Émile-Loubet. Cet atelier combine équipements manuels et semi-mécaniques, dans une logique de transition progressive vers la mécanisation.
Il y dispense un enseignement à la fois théorique et pratique, qui se distingue par son efficacité. En parallèle, des cours du soir sont organisés pour les artisans adultes, permettant une diffusion plus large des nouvelles techniques.
Les résultats sont significatifs : de nombreux élèves deviennent à leur tour formateurs ou entrepreneurs, contribuant à la diffusion des innovations dans tout le pays.
V. Formation d’une élite artisanale et industrielle
L'un des apports majeurs de Fraj Besbes réside dans la formation d'une génération d'artisans modernisés, certains devenant de véritables industriels. Parmi ses anciens élèves figurent plusieurs personnalités importantes du secteur textile tunisien.
Ces acteurs jouent un rôle déterminant dans le développement de l'industrie textile après l'indépendance, témoignant de l'impact durable de son enseignement.
Par ailleurs, ses interventions auprès des artisans en activité permettent d'introduire des améliorations techniques concrètes : adoption de nouveaux équipements, amélioration des métiers à tisser, introduction du système Jacquard, qui révolutionne la production des tissus à motifs.
VI. Crises et mutations du secteur textile
1. Les tensions entre artisanat et mécanisation
Les années 1920 et 1930 sont marquées par une crise profonde du secteur. La mécanisation, perçue comme une menace par les artisans, provoque des tensions sociales importantes.
Les tisserands traditionnels dénoncent une concurrence inégale et réclament des mesures de protection. Ces revendications culminent en 1932 avec la fermeture des souks de Tunis, événement exceptionnel révélateur de l'ampleur du malaise.
2. Réponses institutionnelles
Face à cette situation, les autorités adoptent plusieurs mesures : taxation des produits mécaniques, limitation de l'extension des ateliers industriels, mise en place de mécanismes de régulation.
Dans ce contexte, Fraj Besbes joue un rôle de médiateur, grâce à sa double légitimité technique et sociale. Il contribue à apaiser les tensions et à favoriser des solutions équilibrées.
VII. L’Office des Arts Tunisiens : une action structurante
1. Une institution au service de l’artisanat
Créé dans les années 1930, l'Office des Arts Tunisiens vise à structurer et promouvoir les métiers artisanaux. Fraj Besbes y occupe une place centrale à partir de 1938.
Au siège de l'Office à Dar Monastiri puis au Dar Ben Abdallah, il participe à l'élaboration d'un programme ambitieux : inventaire des savoir-faire, documentation des techniques, formation des artisans, création de modèles innovants inspirés des traditions locales.
2. Une action de terrain
Son travail ne se limite pas à la conception de politiques : il sillonne le pays pour rencontrer les artisans, comprendre leurs besoins et les accompagner dans leur évolution.
Cette proximité avec le terrain constitue l'une des clés de son efficacité, lui permettant d'adapter les réformes aux réalités locales.
VIII. Le développement des coopératives artisanales
Parallèlement à l'action institutionnelle, le développement des coopératives constitue un levier essentiel de modernisation. Ces structures permettent d'améliorer l'approvisionnement, la production et la commercialisation.
Fraj Besbes joue un rôle actif dans leur organisation et leur encadrement, notamment au sein de l'Union des Sociétés Coopératives Artisanales de Tunisie (USCAT).
Ces coopératives contribuent à renforcer la résilience du secteur face aux crises, tout en favorisant une montée en qualité des produits.
IX. Conclusion
Fraj Besbes apparaît comme une figure fondatrice de la modernisation du tissage en Tunisie. À travers son parcours, il incarne une transition essentielle entre tradition et modernité, entre artisanat et industrie.
Son action repose sur une conviction forte : le progrès technique ne peut être durable que s'il s'accompagne d'un effort de formation et d'une adaptation aux réalités sociales. En ce sens, il ne se contente pas d'introduire des innovations, mais construit un véritable système de transmission des savoirs.
Son héritage dépasse largement le cadre du tissage : il participe à l'émergence d'une culture de l'enseignement technique en Tunisie, dont les effets se feront sentir bien au-delà de sa disparition en 1966.
X. Notes & Références
- (ar) Mohamed Salah Mehidi. Fraj Besbes, initiateur du tissage moderne de la soie et de l'artisanat tunisien, Le Miroir du Sahel, n°3, octobre 1966, p. 9-15.
- Fredj Besbes — Wikipédia
- Depuis le Décret Beylical du 3 Juin 1937, les fonctions supérieures d'autorité et de contrôle ne sont plus réservées aux seuls citoyens français (voir Silvera, Victor. L'accession Des Tunisiens à La Fonction Publique dans Le Protectorat. La Revue Administrative, vol. 4, no. 22, 1951, pp. 377–381. JSTOR), www.jstor.org/stable/40775819. Accessed 27 Jan. 2021.
- Etude historique sur l'évolution du tissage du coton, de la laine et la fabrication des tapis ; manuscrit ronéoté ; par Fredj Besbes, Directeur du Centre régional de l'Artisanat à Sousse. 1950.
- J.L de Lanessan. La Tunisie ; 270 pp. F. Alcan éditeur. Paris, 1887, p.87
- A. Nivollet, Le tissage artisanal en Tunisie en 1948. Bull. Econ. & Social de Tunisie. N°30. 1949
- (ar) Mohamed El May, « Fraj Besbes, promoteur du tissage moderne », dans Mohamed Salah Mehidi, textes choisis, Tunis, Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Loisirs, coll. « Histoire et talents », 2003
- Ziadeh Nicola. Origins of Nationalism in Tunisia. Beyrouth, 1962, Pub. Faculty Arts and Sciences, Oriental Séries, N° 37, cité par Charles-André Julien. Colons français et Jeunes-Tunisiens (1882-1912). In : Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 54, n°194-197, Année 1967.
- Congrès de l'Afrique du Nord, Paris, 6-10 octobre 1908. Compte-rendu des travaux. Questions indigènes (enseignement, justice, institutions religieuses, conditions de vie matérielle), publié par Ch. Depincé, 1909. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
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- L'enseignement professionnel des indigènes en Tunisie. In : La revue pédagogique, tome 64, Janvier-Juin 1914.
- Mhalla Mohamed Moncef. 1984. Le tissage de la soie à Tunis au début du XXème Siècle. Cahiers des Arts et Traditions Populaires. Numéro 8. 1984 ; pp.7-40. Revue du Centre des Arts et Traditions Populaires. Institut National d'Archéologie et d'Art. Imprimerie Nationale. Tunis.
- Le Phare de Tunis, hebdomadaire, 2 Aout 1936, Tunis.
- Mohamed Bergaoui. 2024. Ces Illustres Monastiriens. Portrait de Frej Besbes. p48. BERG Editions. Tunis. 2024.
- Hechmi Habib Kooli. Mémoires et Histoire. Imp.Simpact. Tunis, 2020. P85
- Communication personnelle de M.A.Darghouth à Mustapha Besbes, Forum ENIT-Entreprises, Ecole nationale d'Ingénieurs de Tunis, Mai 1992.
- Ecole Emile Loubet, Rapport général, 1930.
- La Dépêche Tunisienne, 19 et 25 Nov.1932.
- Pierre Pennec : Les transformations des corps de métiers de Tunis sous l'influence d'une économie externe de type capitaliste (pp381-382). Editeur : ISEA, Tunis, 1964.
- C.Liauzu ; http://aan.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/AAN-1973-12_50.pdf
- M.A Berrhouma, L'œuvre de l'Office des arts tunisiens, in L. Houssais & D. Jarrassé : Les Arts en Tunisie sous le Protectorat, Éditions Esthétiques du Divers, 2020.
- Kassab A. & al, Histoire générale de la Tunisie. L'époque contemporaine. Sud Editions, 2010, Tunis.
- Frej Besbes. Etude historique sur le tissage de la soie. Note ronéotypée. Centre des Arts Tunisiens. Sousse, 1951.
- L'exposition d'arts tunisiens au Musée Pédagogique de Paris. Discours de Lucien Paye. Bull. Eco et Social de la Tunisie. N°60, 1952.
- Othman Haddad, ébéniste d'art à Monastir, communication personnelle à K.Besbes, 1990.
- Hassen Kooli, président de l'Union, Procès-Verbal du Conseil d'administration de l'USCAT. 1er Déc. 1939. Arch. F. Besbes
- Général Hassen Kooli, président de l'USCAT. Discours à l'exposition du Palais de l'artisanat Dar Toumi. 9 Déc. 1947. Arch. F. Besbes
- « Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale » (CNUM - BSPI.143 : p.337 - im.336 (cnam.fr), (consulté le 5 Février 2021), p. 337.
- Mme et J.L. Combès. Les femmes et la laine à Djerba. impr Bascone & Muscat, 1946. éd.part. dans IBLA N°31.
- Bezon Jean : Dictionnaire Général des Tissus Anciens et Modernes. Tome I et II. Imprimerie Lepagnez. Lyon. 1859. Source Gallica.bnf.fr
Distinctions
Son engagement est reconnu par tous. Fraj Besbes reçut de nombreuses distinctions honorifiques : Chevalier puis Officier de l'Ordre du Nichan Iftikhar (1920, 1927), Médaille de bronze de l'Association d'encouragement de l'Industrie nationale (1928), Officier d'Académie (1935), Officier de l'Instruction publique (1947), Officier de l'Ordre du Mérite artisanal (1949), Médaille de bronze de l'enseignement technique (1951), Directeur honoraire de centres de arts tunisiens (1954), et Chevalier de l'Ordre de la République (1965).
Officier de l'Ordre du Nichan Iftikhar
Médaille de bronze de l'Association d'encouragement de l'Industrie nationale
Officier d'Académie
Officier de l'Instruction publique
Officier de l'Ordre du Mérite artisanal
Médaille de bronze de l'enseignement technique
Directeur honoraire de centre d'arts tunisiens
Chevalier de l'Ordre de la République
Manuscrits
Outre son action pratique, Fraj Besbes laisse une œuvre écrite importante, composée de nombreux manuscrits et études. Ces documents témoignent de son souci de transmission et de formalisation des savoirs.
Ses écrits couvrent un large éventail de sujets : techniques de tissage, histoire des textiles, organisation du travail, formation professionnelle. Ils constituent aujourd'hui une source précieuse pour l'étude de l'artisanat tunisien.
Les manuscrits de Fraj Besbes : une synthèse de l'évolution du tissage
L'histoire du tissage relatée dans ces dix manuscrits illustre une évolution riche et complexe, mêlant traditions locales et influences internationales. Le manuscrit de 1910, « Théorie du Tissage », témoigne de l'enseignement structuré dispensé à Lyon, où Fraj Besbes consigne les bases techniques et théoriques du tissage, des armures fondamentales aux étoffes façonnées. En Tunisie, le coton et la laine connaissent un essor particulier : Ksar Hellal devient capitale du coton au XVIIIe siècle, tandis que Kairouan s'impose dès le VIIe siècle comme centre du tapis en laine. Les années 1940 voient la publication du « Guide du Tisserand », version simplifiée du cours, ainsi que des études sur le tissage de la laine dans le Sahel et sur la Mélia, vêtement féminin en coton aux multiples variantes régionales. La soie, quant à elle, possède une histoire ancienne : introduite en Tunisie via Carthage et Kairouan, elle est réorganisée sous Hammouda Bey avec les corporations et les Fondouks. Le « Cours de Tissage » de 1950 reprend ces savoirs pour les élèves et praticiens, mettant en valeur la soie comme textile d'exception. Les articles de soie tunisiens – sefsari, hram, fouta, jebba, burnous – reflètent une diversité d'usages sociaux et cérémoniels, tandis que la mécanisation du début du XXe siècle bouleverse l'équilibre artisanal.
Les décrets successifs tentent de protéger les artisans manuels face aux ateliers mécaniques, mais les tensions persistent. Les coopératives créées en 1937 et l'Office des Arts tunisiens cherchent à soutenir la production, sans parvenir à enrayer totalement la crise. Ainsi, ces dix manuscrits offrent une fresque complète : de l'enseignement lyonnais aux traditions tunisiennes, du coton et de la laine à la soie, ils révèlent l'importance du tissage comme activité économique, culturelle et identitaire, confrontée aux défis de la modernité et de la mécanisation.
Théorie du Tissage (1910)
Évolution du tissage du coton, de la laine et du tapis en Tunisie (1939)
Le Guide du Tisserand (1940)
Le tissage de la laine dans la région du Sahel (1940)
Mélia, vêtement en coton exécuté dans la région du Sahel (1948)
Étude historique sur le tissage de la soie en Tunisie (1949)
Cours de Tissage (1950)
Les principaux articles de soie tissés en Tunisie (1950)
Les Soyeux et la mécanisation (1951)